Depuis sa création en 2008, la démarche artistique du groupe Al Cantara s'articule autour de trois axes fondateurs :
- un instrument singulier, véhiculant une forte identité et riche d'un ancrage régional affirmé.
- une musique à la fois immémoriale et universelle, inscrite dans la lignée d'un héritage et se nourrissant de diversité.
- un langage musical original, porteur de sens et empreint de vitalité.
L'univers musical du groupe Al Cantara se conjugue à la Veuze.
La Veuze, cette cornemuse française de la côte atlantique, témoin de l'âge d'or
de la lutherie française du 17ème siècle, a pourtant bien faillit disparaître
au milieu du 20ème siècle.
François Robin, le virtuose incontesté de cette cornemuse, disciple du luthier
qui a permis la sauvegarde et le renouveau de la Veuze, et Olivier Poggianti,
directeur artistique de la formation, ont su alors développer au fil du temps
un langage commun, un véritable dialogue autour de leur instrument.
C'est en toute logique que la Veuze tient dans cette formation
un rôle de tout premier plan.
Chose unique, elle est ici jouée en duo, parfois à l'unisson, parfois avec
une seconde voix harmonisée, toujours soutenue par deux percussions traditionnelles.
Le programme que nous avons monté illustre l'importance de la musique française
en Europe dès le 13ème siècle et témoigne de son influence au-delà de nos frontières.
Point de départ, la musique française du 12ème siècle donc, son rayonnement en Espagne au 13ème et 14ème siècle, et sa rencontre féconde avec l'Orient.
Le dialogue s'instaure cette fois entre les peuples, Al Cantara établissant alors
un véritable pont entre les cultures.
La Veuze nous sert ici d'ambassadeur culturel, acteur du rayonnement musical
de la France en Europe, de la porte des Balkans jusqu'aux rives de la Méditerranée.
Notre interprétation et l'esthétique qui s'en dégage va au-delà du simple témoignage. L'héritage musical légué est en permanence réinventé, recréé.
Cet engagement traduit notre volonté de nous réapproprier ce répertoire avec le tempérament et la conviction nécessaires aux exigences d'une cornemuse
sans concession, au timbre riche et au caractère bien trempé.
Quelques titres en écoute :
Sirventes :
Au XIIIème siècle, le Sirventes est une forme de poésie lyrique à caractère satirique, philosophique ou moral.
Parmi la centaine de pièces composée par l’un des maîtres du trobar occitan Peire Cardenal, «Un sirventes novel volh comensar»,
est l’une des trois seules dotée de notation musicale.
Véritable manifeste politique, cet authentique pamphlet voit notre poète du Puy-en Velay prendre directement Dieu à partie en remettant en cause
le fondement même du jugement dernier, se ralliant ainsi aux thèses cathares prônant, elles, le salut universel.
Le second thème du morceau, «El cant de la Sibilla», oracle de la fin du monde, évoque quand à lui cette vision du jugement dernier
dans l’imaginaire populaire catalan du XIVème siècle.
Cantiga 105 :
Composées autour de 1250 sous l’égide du roi de Castille Alfonso X El Sabio,
les quelques quatre cents Cantigas de Santa Maria s’inspirent directement de la forme poétique et lyrique du trobar occitan.
Transfigurant ici les thèmes classiques du fin’amor en amour marial,
ces chansons en langue vernaculaire mettent le plus souvent en exergue la femme rêvée, idéalisée.
Certaines mélodies témoignent quant à elles de la coexistence des trois cultures :
chrétiennes, juives et musulmanes, que ce soit sur les terres du sud de la France comme sur celles de la péninsule ibérique.
Djali I Ri :
Originaire d’Albanie, cette mélodie populaire est traditionnellement interprétée à la Gaïda,
cette cornemuse emblématique des Balkans et incontournable des musiques profanes d’Europe centrale.
Il nous semblait essentiel de donner un exemple de l’étendue de la répartition des cornemuses dans le monde occidental,
et ce jusqu’aux portes de l’Orient.
François délaisse ici la veuze en la au profit de la veuze en sol, au timbre plus profond,
dont on peut prendre toute la mesure durant cette longue introduction en solo.
Imperayritz :
Tiré du fameux Llibre Vermell de Montserrat, en Catalogne, recueil de chants de pèlerinage à la vierge noire datant du XIVème siècle,
«Imperayritz de la Ciutat Joyosa» est un motet à deux voix inspiré du système de notation de l’Ars Nova français.
Même si le thème évoqué est sacré, le texte en catalan en fait l’une des premières polyphonies profanes.
Gnossiennes :
Composées à Montmartre en 1890 par Erik Satie, les Gnossiennes, au travers de leur caractère singulier,
laissent transparaître par un savant accord d’élégance et de retenue, toute la sensibilité de leur auteur.
Sensibilité empreinte de spiritualité, spiritualité confinant parfois à l’ésotérisme,
teinté néanmoins du détachement salutaire au regard malicieux que Satie portait sur toute chose.
La Gnossienne n°3 sert d’introduction et de conclusion à la Gnossienne n°1.
Arranger pour deux veuzes cette musique initialement écrite pour le piano n’est pas sans comprendre une certaine part de risque.
Un risque pleinement assumé qui apporte avec conviction un nouvel éclairage à l’oeuvre ainsi recréée.
Nous avons privilégié une technique d’enregistrement restituant
le plus naturellement possible le son d’ensemble ainsi que le jeu des musiciens.
Pour cela, tous les morceaux ont été enregistrés en prise directe,
les quatre musiciens se faisant face dans le même studio,
sans montage ni rajout en post-production.
Enregistré les 27, 28 et 29 Septembre 2011
aux studios 7ème Ciel à Issy-les-Moulineaux, par Jean-Maurice Hayano.
Mixé les 11 et 12 Octobre, masterisé le 26 Octobre
aux studios 7ème Ciel par Jean-Maurice Hayano et Olivier Poggianti.
Photos, conception et réalisation graphique : Olivier Poggianti.
Olivier Poggianti : Veuze, direction.
François Robin : Veuzes.
Yannis Sabaté : Karkabous.
Jérémy Lainé : Tambour.